Prix Norman-Slater pour l'intégration des arts à l'architecture
Le Prix Norman-Slater pour l'intégration des arts à l'architecture a été mis de l'avant à l'occasion de la 25e édition des Prix d'excellence en architecture (2008-2009). Il valorise l'intégration harmonieuse de l'art à l'architecture ainsi que la collaboration entre architectes et artistes. Les lauréats de ce prix sont conjointement, les architectes, les artistes et propriétaires.
Les lauréats sont :
Le consortium M. : USE composé de L'Architecte Jacques Plante | Les architectes Bernard et Cloutier | St-Gelais Montminy architectes
L’artiste en arts visuels Rose-Marie E. Goulet ainsi que, l’artiste multidisciplinaire Florent Cousineau et la Ville de Québec pour l’intégration des arts à l’architecture au Palais Montcalm, maison de la musique et salle Raoul-Jobin.
"Cantate", par Rose-Marie E. Goulet
"Le Fil rouge", par Florent Cousineau
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Norman Slater - profil biographique
Figure encore peu connue du public, l’architecte et designer montréalais Norman Slater (1921-2003) aura pourtant été au cœur de l’effervescence qui marqua l’univers du design et de l’architecture au cours des années 60. À Montréal, ses interventions sont rattachées à des projets d’importance tels la Place des Arts, le métro, ou l’Expo 67, des réalisations qui occupent toujours une place de premier plan dans le paysage et l’imaginaire de la ville. Et bien que son activité professionnelle se concentre surtout dans sa ville natale, ses projets pour Ottawa, Edmonton, Vancouver, Bruxelles ou Tokyo donnent à sa carrière une dimension à la fois nationale et internationale.
Norman Slater fut un créateur à la trajectoire exceptionnelle. Après des études d’architecture à l’Université McGill à Montréal (1945-1950), il poursuit sa formation en design à l’Institute of Design de Chicago (1950-1951), puis au Royal College of Arts à Londres (1951-1954). Photographe autodidacte, il acquiert une grande maîtrise de ce medium artistique – une série de ses photos fait d’ailleurs maintenant partie de la collection du Musée des Beaux Arts du Québec. La combinaison de ses connaissances et de son savoir-faire spécifiques aux domaines de l’architecture, du design des objets et des arts visuels feront ainsi de lui un professionnel au parcours à la fois hybride et peu ordinaire.
De son projet de lampe de bureau Versalite, qui remporte le prix d’excellence du Conseil national d’esthétique industrielle en 1953, jusqu’au réaménagement de la résidence du gouverneur général à la citadelle de Québec au cours des années 80, la carrière de Norman Slater – qui s’étendra sur plus de quatre décennies – sera multiformes. Car, s’il fut l’architecte de nombreux bâtiments résidentiels, industriels et commerciaux - tels ceux de l’entreprise Keuffel et Esser à Ville St-Laurent (1962-1963) -, Norman Slater sera aussi le concepteur d’objets, d’environnements intérieurs, de dispositifs techniques, de projets d’expositions, et d’environnements urbains. De fait, Norman Slater se distinguera des autres professionnels par sa capacité à travailler aux trois échelles que constituent l’objet, l’édifice et la ville, développant une approche unique qui embrassera sans distinction les divers champs de pratique associés au design bidimensionnel et tridimensionnel.
« L’architecte des architectes » selon l’expression imagée du professeur John Bland de l’Université McGill, Norman Slater fut souvent appelé à se pencher sur des aspects très spécifiques de projets menés par d’autres architectes. Travaillant ainsi à titre de collaborateur, Norman Slater conçoit la grille ornementale de la Place des Arts (1962-1963), le mur-rideau en béton préfabriqué de l’hôtel Château Champlain (1965-1967), et le mur-rideau en aluminium de la Maison Alcan (1981-1983), des interventions qui auront largement contribué à définir l’image architecturale de ces réalisations montréalaises.
L’œuvre de Slater se distingue également par une série de réalisations qui questionnent la séparation conventionnelle entre le design et la pratique artistique. Plusieurs de ses projets, tels le mobile en aluminium pour le pavillon du Canada à l’Exposition universelle de Bruxelles (1956-1958), la fontaine du Parc des provinces à Ottawa (1961-1962), ou la sculpture rotative à l’aéroport d’Edmonton (1961-1962), se situent en effet à la frontière imprécise entre le design et l’art public.
Fondée sur l’expérimentation, et sur sa connaissance approfondie des matériaux et des processus de fabrication, la pratique de Norman Slater se démarque par la grande attention portée à la matérialité des objets produits. Nombre de ses réalisations témoignent d’ailleurs de sa parfaite maîtrise de l’intégration entre composition et fabrication. C’est ainsi que ses essais de composition géométrique, comme l’illustrent ses projets de grilles ornementales en aluminium destinées à la compagnie Alcan, trouvent leur achèvement à la fois logique et esthétique dans la synthèse des procédés séquentiels de découpage, de pliage et d'assemblage d'éléments. Comme nous le rappelle son contemporain, l’architecte Harry Stilman, Norman Slater avait le talent propre aux artistes de pouvoir donner « l’apparence de la simplicité » aux problèmes les plus complexes.
Parmi les tout premiers professionnels et créateurs à faire preuve d’une approche multidisciplinaire, Norman Slater a ainsi contribué de façon significative à une production qui traduit des valeurs qui sont des plus actuelles. L’écran sculptural qu’il créé pour le site de la compagnie pharmaceutique Ciba-Geigy (1959-1960) anticipe sur les pratiques contemporaines visant à rehausser le milieu de travail avec l'apport d'oeuvres d'art. Le dispositif d’éclairage nocturne qu’il crée pour animer l’immense site de la Ronde (1965-1967) fait écho à la volonté actuelle d’unifier et de donner vie au site du quartier des spectacles de Montréal en cours de réalisation. Sa fontaine qui animait la place centrale du Centre commercial Rockland (1959-1960), - un projet primé et novateur - était aussi évocatrice à son époque que la sculpture-fontaine de Jean-Paul Riopelle aujourd’hui installée sur la place publique qui lui est dédiée, en face du Palais des congrès de Montréal. En un mot, ses nombreux projets réalisés dans et pour l’espace public ne manquent pas de faire écho aux préoccupations actuelles concernant l’intégration de l’art à l’environnement architectural et urbain.
Le 18 juin 2009, le prix d’intégration des arts à l’architecture attribué par l’Ordre des Architectes du Québec sera rebaptisé Prix Norman Slater. Cette reconnaissance confirme de façon éloquente la valeur actuelle de la production architecturale et artistique de Norman Slater, et permet de souligner le fait que celle-ci est une composante importante dans le continuum culturel de notre société et de notre héritage construit.
Rédigé par :
Gary Conrath et Réjean Legault
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